Article paru sur le Boulevard Voltaire le 9 Décembre

Henry de Lesquen devant la 17e chambre : qu’a-t-il donc fait de sa courtoisie ?

La sagesse voudrait que les administrateurs de Radio Courtoisie renvoient leur président exercer ses talents de polémistes sur d’autres ondes.
François Teutsch
Avocat

Le 7 décembre 2016, Henry de Lesquen, patron de Radio Courtoisie et candidat à la présidentielle de 2017, comparaissait devant la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris pour apologie de crimes contre l’humanité et injures racistes. Le ministère public, saisi à la demande de la LICRA, le poursuivait en raison de plusieurs tweets d’un goût exquis :
« Centrée sur le rythme, la musique nègre s’adresse au cerveau reptilien. » Puis : « C’est le racisme des juifs qui les a conduits au monothéisme quand ils ont privé de leurs dieux les “Goyim” qu’ils haïssaient. » À propos de la Shoah, il n’hésitait pas à écrire : « Je suis émerveillé de la longévité des “rescapés de la Shoah” morts à plus de 90 ans. Ont-ils vécu les horreurs qu’ils ont racontées ? » ou encore « La plantureuse Simone Veil, “rescapée de la Shoah”, qui “va bien” à 88 ans. »
Des propos plus que douteux, auxquels il faut ajouter une subtile analyse sur le coefficient de blancheur des joueurs de football. Du Lesquen dans le texte, tel qu’il le revendique sur son compte Twitter ainsi que sur sa page Internet Lesquen 2017.
Ce n’est pas la première fois que ce haut fonctionnaire hautain se livre à de tels propos : leur auteur les justifie par la lutte contre le cosmopolitisme et par une aversion non dissimulée pour les juifs, les Noirs, et autres « métèques ». Il les tient régulièrement à l’antenne de Radio Courtoisie au cours de son « Libre Journal » du lundi soir, qui se résume à l’expression de son opinion et à de permanentes interruptions de ses invités, qui ne peuvent pas placer deux phrases sans être repris par le maître des lieux, qui a fait de cette radio libre un instrument à sa botte.
La crise, latente depuis de nombreux mois, a éclaté en mai 2016 et a entraîné le départ de très nombreux patrons d’émission, lassés des propos affligeants d’un individu qui ne semble pas conscient du fait qu’il saborde une station créée, il y a près de trente ans, pour porter une parole vraiment libre dans le paysage radiophonique français.
Certes, il est détestable que Lesquen soit poursuivi pénalement pour ces propos : les lois Pleven et Gayssot instituent un véritable délit d’opinion et devraient être abrogées par tout gouvernement digne de ce nom, et l’antipathie qu’inspire le personnage ne justifie pas un procès politique – comme il le dit lui-même à juste titre — devant une juridiction réputée pour sa servilité envers le politiquement correct. On doit pouvoir exprimer des âneries en France sans être traduit en justice, et nombreux sont ceux qui pensent qu’un Faurisson ou un Vincent Reynouard se discréditent seuls par leur contestation des crimes nazis, sans qu’il soit nécessaire de leur donner une visibilité par des procès sans fin. En cela, la comparution de Lesquen est la marque d’une vraie police de la pensée.
Mais la liberté d’expression n’est pas absolue. En revenant à l’équilibre institué par la loi du 29 juillet 1881 sur la presse, Henry de Lesquen pourrait et devrait être poursuivi pour injures publiques. Parce que ses propos sont ouvertement injurieux envers les personnes visées, quoi qu’on pense, au fond, des questions qu’il évoque.
Et si nul ne peut se réjouir d’un procès d’opinion, la sagesse voudrait que les administrateurs de Radio Courtoisie, se souvenant du nom de leur chère radio, renvoient leur président à exercer ses talents de polémiste sur d’autres ondes.

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